

Histoire et origine du concept
Le terme d’empreinte écologique s’inscrit dans la lignée du Club de Rome qui voit l’apparition de plusieurs indicateurs mesurant l’impact humain sur la nature, avec notamment l’I PAT, et apparaît au moment de la Conférence de Rio (« Sommet de la Terre ») en 1992 dans le premier article académique intitulé Ecological Footprints and Appropriated CarryingCapacity: What Urban Economics Leaves Out (empreintes écologiques et capacité de charge appropriée : ce que l’économie urbaine laisse de côté) écrit par le Professeur de planification urbaine William E. Rees de l’Université de la Colombie-Britannique. Le concept et la méthode se développe comme thèse de doctorat de Mathis Wackernagel sous la direction de William Rees, entre 1990 et 1994. Le résultat de la thèse est publié en 1995 : constatant que les habitants d’une ville avaient besoin d’une certaine surface de terres biologiquement productives (surfaces agricoles, espaces forestiers), un indicateur peut mesurer cette pression humaine sur les ressources naturelles en comparant « l’offre » en ressources naturelles à la « demande » humaine sur ces ressources. Wackernagel et Rees publient alors un livre intitulé Our Ecological Footprint: Reducing Human Impact on the Earth dans lequel ils affinent le concept et la méthode de calcul, l’indicateur d’empreinte écologique étant étendu à l’ensemble de la planète. Ce livre est traduit en français en 1999 sous le titre Notre empreinte écologique11. Le plus récent livre en français est Empreinte écologique et biocapacité – Bien vivre avec une seule planète (avec Bert Beyers) publié en 2021.
Depuis 2003, le think tank « Global Footprint Network », ONG cofondée par Mathis Wackernagel et Susan Burns, est chargé du perfectionnement de la méthodologie ainsi que de la mise à jour des résultats. Global Footprint Network publie ainsi chaque année un atlas détaillant l’empreinte écologique de chaque pays.
L’événement le plus reconnu basé sur l’empreinte écologique est le Jour du dépassement de la Terre, qui est tombé le 28 juillet en 2022 [archive].
En 2022, le Cadre Mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal [archive] a adopté l’empreinte écologique comme indicateur. Dans les Objectifs pour 2050 du Cadre de Kunming à Montréal, cible 16 stipule que « d’ici à 2030, réduire l’empreinte mondiale de la consommation de manière équitable, y compris en réduisant de moitié le gaspillage alimentaire mondial, en réduisant de manière significative la surconsommation et en réduisant de manière substantielle la production de déchets, afin que toutes les populations puissent vivre bien en harmonie avec la Terre nourricière ». Dans le Cadre de suivi du cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal [archive], l’indicateur est mentionné quatre fois.
Des logiciels dits « calculateurs » ont été produits et affinés pour mesurer des empreintes écologiques à diverses échelles, y inclus pour les individus14, sur la base de données publiées et comparables, par exemple le calculateur carbone personnel de l’ADEME15.
L’empreinte écologique a connu un succès croissant à partir de la fin des années 1990. Le WWF a fortement contribué à le populariser, avec en France l’association 4D, puis Agora 21, ainsi que quelques collectivités (Conseil Régional Nord pas de Calais, Ville de Paris, Conseil Général du Nord), cette dernière étant encouragée par la DATAR qui la cite en exemple de bonne pratique, mais sans cependant l’utiliser. Ce qui s’explique notamment du fait que, à partir des années 2000, les tentatives de calcul d’empreinte écologique de collectivités “sous nationales”, ont été fortement critiquées par la communauté scientifique mondiale. Ce qui donnera lieu au Royaume-Uni à un grand programme de recherche (The Mass Balance Movement) réalisé en collaboration avec Mathis Wackernagel, duquel sortira une nouvelle méthodologie de calculs des empreintes territoriales (voir dessous le paragraphe : Empreinte écologique des régions et collectivités territoriales françaises).
Elle est publiée tous les deux ans par l’association WWF, dans le Rapport Planète Vivante, dès 200016. La notion d’empreinte écologique a été diffusée au Sommet de Johannesburg par WWF en 2002. Cet indicateur est notamment considéré comme un moyen de communication puissant pour le grand public.
L’empreinte écologique tire aussi son inspiration des approches géobiophysiologiques de la biosphère et de l’écologie du xxe siècle qui ont contribué à la notion unifiante de sustainability (soutenabilité du développement) et au concept économique d’« internalisation des coûts externes (environnementaux et sociaux) ».
La boîte à outils de l’empreinte écologique dérive aussi des approches « Étude d’impact » et « Mesures conservatoires et compensatoires » qu’elle contribue à grandement rénover, avec d’autres outils tels que le Bilan carbone ou le Profil environnemental. Le calcul de l’empreinte en lui-même est neutre : il ne fait qu’exposer des faits. On peut cependant interpréter le dépassement actuel (et l’augmentation de la dette écologique) comme une nécessité de développer des mesures compensatoires écologiquement efficientes et fonctionnelles.
Sources
- Resetting the Future of Work Agenda: Disruption and Renewal in a Post-COVID World, WEF White paper, 2020
- The Global Risks Report 2022 17th Edition, WEF, Insight Report